"A rose is a rose", disait,
je crois, Gertrude Stein.
Que voulait-elle dire par là?
Qu'aussi loin que l'on aille dans
la mise en doute du langage, il faudrait toujours en revenir au sens usuel
des mots?
Que la rose ne devait pas être
prise pour ce qu'elle n'était pas (symbole, allégorie, image
etc...) mais pour ce qu'elle était, dans sa matérialité
la plus stricte, un organe de reproduction parfumé?
Que le regard devait trouver
la ressource d'étonnement premier, pour toujours voir la rose qui se
présente là, dans le surgissement de l'instant, comme la plus
extrême bizarrerie que puisse nous donner quelques molécules
de carbone, d'hydrogène, quelques vapeurs gazeuses ...?
Ou plutôt qu'au coeur du
langage, il y avait quelque chose qui faisait obstacle à la compréhension
du monde, et que, seul moyen de se le masquer, la répétition
ad libidum de la même phrase pouvait à la rigueur nous rendre
acceptable cette faillite?
Oui, que voulait-elle dire, Gertrude
Stein?
Surtout qu'elle ajoutait, corrigez-moi
si je me trompe,
"A rose is a rose is a rose".