
Au premier abord, on ne discerne pas très bien les lignes directrices de cette image. Deux branches rectilignes, au centre, forment un "V" renversé, qui pourrait tenir lieu de structure. Mais il y a ce tronc plus imposant, au second plan, et tout s'effondre.
S'il n'y avait que des lignes droites, on pourrait penser, "tiens, voilà un arbre comique, ce tilleul, il semble dessiné à la règle!" Hélas, quelques branches s'arrondissent, et démentent cette première vision.
Pourtant, il y a ce fin hachis de brindilles, toujours plus fin à mesure que l'on s'élève, et qui formerait écran devant ce ciel pâle d'hiver. Non pas comme une protection -la voûte de l'arbre, même dénudée, formant toit de maison-, ni comme un message rassurant, mais plutôt comme l'acroissement de la complexité, à mesure que l'on s'éloigne:
zébrures, biffures, ratures, gribouillages de branches, rencontres impossibles, collisions improbables, minuscules espaces gagnés pour rien sur le rien, miniatures, médaillons, pastilles, timbres-postes de lumière blafarde, filet pour le regard, avant qu'il ne se perde,
les brindilles toujours plus fines, tricotant le hasard, les rayures toujours plus tranchées dessinant l'imprévisible, les motifs éphémères, chaque année renouvelés, nous tirant les cartes-
et la ramure de cet arbre, en hiver, me laisse comme un jeune chat devant la lune.
